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De la laine d’ici pour tricoter

« Faut s’entourer de porte-bonheurs. Fonder une filature dans chaque village. Dans chaque cœur. Dans chaque rivière. Il faut montrer que l’agriculture disparaît. »

Le troupeau comme héritage

Fondée en 2000, l’entreprise Bergerie L’Agneau d’Or est née d’un projet familial axé sur la production d’agneaux de boucherie. Louis-Philippe Desrosiers y travaillait avec son père (enlever la virgule) avant d’en prendre la relève.

France Custeau, sa conjointe, rejoint l’entreprise en 2004, puis devient associée en 2008. Issue d’une famille d’éleveurs laitiers du Val-Saint François et formée en production animale, elle prend en charge l’organisation de la bergerie.

Une reconversion qui change tout

Après des difficultés financières, la valorisation de la laine brute est introduite en 2015 pour diversifier les revenus. Avec l’intérêt des tricoteuses locales, ils ajoutent une division supplémentaire à l’entreprise « Les Laines Finn d’Or ».

Pour assurer un approvisionnement régulier en fibre, le couple mise sur des races reconnues pour la qualité de leur laine. Le troupeau compte aujourd’hui 120 brebis, principalement finnoises, ainsi que des Wensleydale et des Dorset. Les brebis sont tondues deux fois par année.

La tonte du printemps, après environ cinq mois de pousse, permet d’éviter le feutrage durant l’été et de retirer une fibre souvent moins uniforme, car sa croissance coïncide avec l’agnelage. La tonte d’automne, après environ sept mois de croissance, offre une laine plus longue et plus régulière, dans une période plus stable, avec le début de gestation. France suit chaque toison de près. Elle gère la préparation de la laine, du tri au lavage, puis du séchage à l’ensachage.

Depuis 2024, elle tient la bergerie, tandis que Louis-Philippe (enlever l’espace de trop) s’occupe surtout des travaux aux champs et travaille aussi à l’extérieur depuis un an et demi. Pour le peignage et le filage, l’entreprise collabore avec une filature spécialisée au Michigan, l’une des rares encore en activité pour ce type de fibre. Devant la fermeture prochaine de cet atelier, France doit trouver une nouvelle solution de transformation.

L’économie circulaire au cœur de la bergerie

Pour nombre d’éleveurs ovins, la laine finit souvent reléguée au rebut. France en a fait une ressource. Les toisons trop courtes ou souillées sont transformées en granules fertilisantes. Elle peut produire près d’une tonne par semaine.

Homologuées par l’Agence canadienne d’inspection des aliments, ces Granulaines (nom du produit fertilisant), riches en azote et en potassium, sont vendues en sachets de divers formats dans une quarantaine de jardineries à travers le Québec.

Photo des granulaines

 

Un éventail de savoir-faire

La ferme demeure diversifiée : une érablière d’environ 700 entailles, un élevage de volailles à petite échelle et une boutique qui propose fils, écheveaux, balles de séchage, savons, produits d’érable et de sirop de bouleau, ainsi que des Granulaines.

Une présence engagée

Au-delà de la production, France partage sa passion dans les marchés publics, les fêtes de semences et les rencontres publiques. Elle est fière de contribuer à une meilleure compréhension de la réalité du travail en bergerie. Lors de notre visite, elle évoque sans détour les défis invisibles qui marquent son quotidien et sa quête d’autonomie. Elle décrit des journées rythmées par un lien intime avec ses animaux : les nommer, les observer, leur parler, jusqu’à les remercier à leur départ de la ferme ou lors de leur décès.

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